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Introduction à Holacracy

La première claque professionnelle que j'ai pu recevoir en terme de remise en question sur la façon de travailler était la découverte des méthodes agiles en 2007. Depuis, c'est devenu une passion, un véritable levier de réussite sur les projets confiés aux équipes que j'accompagne dans l'apprentissage de cette approche. Et j'irai même jusqu'à dire, un art de vivre basé sur les valeurs et principes agiles. Cette année, soit 9 ans plus tard, je reçois une seconde claque. La découverte de Holacracy.

C'est cette découverte que je souhaite partager dans ce nouvel article. Le premier d'une série sur le même thème sans doute. Ca dépendra surtout de vous (cf. message en bas de cet article) 😉

Pour précision, j'utilise le terme Holacracy plutôt que la traduction française Holacratie car Holacracy est désormais une marque. A travers le dépôt de cette marque, les créateurs ont souhaité protéger l'intégrité et la qualité des services associés. Le contenu quant à lui est open source. De la même façon que Linux est une marque.

Allons au delà des idées reçues

Heureusement, ma curiosité et ma soif d'apprendre a été plus forte que les idées reçues ou intox qui gravitent autour de cette nouvelle technologie sociale et managériale qui fait polémique. L'idée reçue la plus répandue étant : "Avec Holacracy, on vire les chefs et c'est l'anarchie". C'est bel et bien une idée reçue.

Holacracy, successeur des méthodes agiles ?

Autre bonne nouvelle, Holacracy ne remplace pas les méthodes agiles pour ceux qui les utilisent. Au contraire, les équipes réellement agiles - dans le respect des valeurs et principes du manifeste agile - bénéficient d'un terreau fertile à l'adoption de Holacracy. En fait Holacracy revient à changer le "système d'exploitation" de l'organisation sur laquelle on peut conserver les "applications" utilisées (dont les méthodes agiles).

Autrement dit, le changement est plus profond. Je dirais que les méthodes agiles font l'objet d'un changement de paradigme en matière de gestion de produit et Holacracy fait l'objet d'un changement de paradigme de l'organisation qui l'adopte. L'agilité se positionne principalement à l'échelle d'une équipe ou projet là où Holacraty peut nativement s'appliquer à toute l'entreprise quelque soit sa taille ou son secteur.

Connaître les origines de Holacracy pour mieux cerner son potentiel

Pour aider à comprendre ce point, il y a une histoire à connaître. Celle de l'origine de Holacracy. Cette technologie sociale et managériale a été mise au point par des agilistes aguerris qui ont décidé de créer leur entreprise. Mais hors de question pour eux de travailler au sein d'une organisation similaire à celles dans lesquelles ou pour lesquelles ils avaient travaillé. Qui représente - il faut bien le dire - quelques inconvénients notoires (cf. illustration ci contre).

Ils devaient trouver un nouveau modèle d'organisation. L'inventer. On peut facilement imaginer l'ampleur et la complexité de la tâche. Ils ont donc eu recours au meilleur outil utilisé par les méthodes agiles pour faire face à la complexité et l'incertitude : un processus empirique. Pendant 7 ans, ils ont testé des idées, gardé ces dernières si elles s'avéraient utiles, les ont rejeté ou adapté dans le cas inverse. Pour aboutir à une première version publiée et partagée en 2009. Inutile de préciser le degré de pragmatisme et d'efficacité de cette technologie conçue selon une telle approche.

Une technologie applicable à n'importe quel secteur, n'importe quelle échelle et tenant compte des réalités du monde d'aujourd'hui devenu si complexe et incertain. Une technologie pouvant donner à une entreprise un degré d'agilité sans précédent tout en libérant les énergies et l'engagement des collaborateurs. Chacun y trouve donc son compte. Direction, actionnaires et collaborateurs.

Mais Holacracy ou l'holacratie, c'est quoi au juste ?

Holacracy, c'est quoi encore ce non barbare ? Il vient du mot "holarchie" qui décrit l'encapsulation d'élément(s) autonome(s) dans d'autres élément(s) autonomes de façon fractale. Ce qui caractérise une organisation holarchique par opposition à une organisation hiérarchique classique.

Quid du manager et du leadership en Holacracy ?

Etant particulièrement sensible au thème du management et étant moi même manager, la question de la place du manager dans une organisation fonctionnant en Holacracy n'a cessé de m'obséder durant les lectures et formations que j'ai pu suivre à propos de cette technologie. Avant d'y répondre, faisons un petit état des lieux des responsabilités généralement associées au manager dans le monde d'aujourd'hui.

Pour commencer, lorsque l'on devient manager, nous ne sommes plus seulement responsable de nous même mais aussi des autres, de son équipe. Nous devons donc fixer des objectifs, contrôler le travail et assurer le reporting de l'activité associée, au niveau hiérarchique supérieur. On prend généralement des engagements de délais voire de budget à respecter. On assure le suivi "RH" de ses collaborateurs : évolution de carrière, formation, augmentations & primes, etc. Nous devons souvent intervenir pour gérer toutes sortes de problèmes organisationnels, techniques, humains, etc. Bien sûr, nous devons définir la meilleure organisation possible pour être efficace. Parfois ou souvent, nous devons mettre à profit notre expertise pour des sujets pointus ou à fort enjeux. On attend souvent de la part du manager qu'il ait réponse à tout. Omniscient et omnipotent. Par ailleurs, dans le monde d'aujourd'hui, chaque service devient de plus en plus dépendant des autres,  la transversalité devient un enjeux fort, nous devons également assurer la coordination avec nos pairs et leurs équipes. Nous devons aussi faire redescendre l'information venant d'en haut et des "côtés" (autres équipes).

C'est déjà pas mal non ? Est ce bien raisonnable d'ailleurs ? Ne sommes nous pas en train de demander à ce manager d'être un véritable super héros (sans les super pouvoirs....) ?

Combien de temps reste t'il à ce manager - qui passe probablement beaucoup de temps à traiter ses mails ou en réunion - pour écouter les difficultés ou idées d'amélioration de son équipe pour les traiter ou les mettre en oeuvre ? Et quid de notre monde qui bouge et pousse les entreprises à se transformer en profondeur ? N'a t'on pas cruellement besoin des managers pour réaliser cette transformation ? Comment faire avec des managers saturés et souvent en souffrance ?

La réponse de Holacracy à ce problème ? Décharger le manager des tâches sur lequel sa valeur ajoutée est faible et remettre à profit son expertise pour des tâches à plus forte valeur ajoutée pour l'entreprise et lui même.

Ok, c'est bien beau tout ça, mais on arrive à la fin de l'article et on n'en sait pas beaucoup plus sur le fonctionnement concret de Holacracy. En effet, c'est ce que nous verrons dans un prochain article maintenant qu'on vient de poser le décor 😉

D'ici là, dites moi - via le formulaire situé en bas de cette page - ce que vous voulez absolument savoir à propos de Holacracy. J'essaierai de vous répondre au mieux dans le prochain article ou directement dans les commentaires.​

Développeur, profession en danger

Beaucoup de choses tournent à l’envers dans notre monde. Il y aurait pas mal de choses à dire à ce sujet mais ce n’est pas l’objet de ce site. Cependant si on s’en tient au monde de l’informatique et qu’on se limite à la France (même si d’autres pays sont sans doute concernés), on constate une aberration concernant la considération de la profession de développeur.

Notre civilisation dépend des logiciels

De moins en moins de développeurs envisagent leur profession à long terme. Il ne s’agit pour eux que d’une étape les menant vers le management, le conseil ou autre. Or, les solutions logicielles développées par la profession sont devenues omniprésentes dans notre société et la tendance n’est pas prêt de changer. Alors que fera t’on quand nous aurons davantage de managers et de consultants que de développeurs ? N’est ce pas déjà le cas dans certaines entreprises ?

Robert Martin (L’une des figures emblématiques du monde du développement logiciel agile) dans son interview réalisée par Xebia, cerne très bien la situation :

Extrait de l’interview de Robert Martin

  • Xebia : In many companies writing code is a low level job. How can we move the line and make the profession better recognized?
  • Robert Martin : Imagine the absurdity of that idea, ie; programming is a low level, unskilled profession and that nobody should be a programmer for too long because one needs to move on to better things like management ect. We have created a situation where the priority of every programmer is to not stay a programmer. That is absurd because our civilization depends on software.

Traduction personnelle :

  • Xebia : Dans de nombreuses entreprises écrire du code est un travail de bas niveau. Comment pouvons-nous changer la donne et rendre la profession mieux reconnue ?
  • Robert Martin : Imaginez l’absurdité de la situation, à savoir : la programmation est une activité de bas niveau, une profession non qualifiée et personne ne devrait être un programmeur trop longtemps, car on a besoin d’évoluer vers des activités plus nobles comme la gestion de projet ou autres. Nous avons créé une situation où la priorité de chaque programmeur est de ne pas rester un programmeur. C’est absurde, parce que notre civilisation repose sur le logiciel.

Prise de conscience des écoles et des entreprises

On peut s’interroger sur le discours que tiennent les enseignants dans les écoles « avec ton diplôme d’école d’ingénieur, tu pourras rapidement prétendre à être chef de projet ». Comme si manager des hommes était une fin en soi. On peut également s’interroger sur la valorisation de la profession par les entreprises. Nous mesurons déjà les effets de ces causes (et d’autres qui m’auraient échappées) : recrutement difficile et de plus en plus à l’étranger, lacunes de l’enseignement à combler, turn-over sur les projets,…

Il est peut être temps pour les entreprises et les écoles de revoir leur copie.

Développeur, une noble profession

La profession de développeur nécessite de grandes qualités et mérite davantage de reconnaissance.

Les langages de programmation ont évolué, le langage procédural plus facile à maîtriser a cédé la place à l’objet pour nous permettre de réaliser toutes les choses extraordinaires que nous connaissons aujourd’hui. La maîtrise du langage à lui seul ne suffit plus, de nombreuses technologies ont vu le jour et évoluent à vue d’oeil. Les besoins et les technologies sont de plus en plus complexes.

Le développeur doit à la fois :

  • Comprendre le besoin et les aspects fonctionnels associés dans les moindres détails.
  • Maîtriser différents langages de programmation et technologies associées.
  • Faire preuve d’une grande concentration intellectuelle pour transformer le besoin en code qui fonctionne. Parfois dans des conditions difficiles. Si vous n’avez jamais codé, imaginez passer votre journée à enchaîner des parties d’échecs dans un open space rempli de personnes en interactions entre elles et avec vous même.
  • Travailler sous pression (critiques, bugs, livraisons, incidents de production,…)
  • Mettre régulièrement à jour ses connaissances compte tenu de l’allure à laquelle les technologies et langages évoluent.

J’ai souvent vu des développeurs devenir consultants fonctionnels mais jamais l’inverse. La raison est simple, le métier de développeur ne s’improvise pas et nécessite de compétences solides et variées. C’est d’ailleurs à mon sens ce qui rend ce métier si passionnant. Encore faut-il le valoriser. Si la programmation n’était pas déjà un « art », elle l’est sans aucun doute devenue. Au même titre que la gestion d’un projet et d’une équipe.